Peu connue du grand public, la communauté Winnien fait pourtant partie de la mosaïque ethnique du Burkina Faso. Présente principalement dans la province des Balé, notamment à Boromo, Siby et Oury, elle prend part à la 22e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC) à Bobo-Dioulasso. Immersion dans un stand qui attire la curiosité.
Au Village des communautés, le nom surprend : Winnien. Certains visiteurs évoquent plutôt l’appellation « Kô ». Une désignation que les membres de la communauté rejettent.
« Nous nous appelons Winnien. Le terme “Kô” est utilisé par d’autres. Nous ne nous reconnaissons pas dans cette appellation et nous n’en connaissons pas la signification », explique Ivo Kobena, membre de la communauté.
Selon lui, le mot Winnien tire son origine de « Wo », qui signifie Dieu. « Winnien, ce sont les hommes de Dieu, les gens de Dieu », précise-t-il.
Une composante du groupe Gourounsi
Les Winnien appartiennent à la grande famille des Gourounsi, un ensemble qui regroupe plusieurs communautés du Burkina Faso. Parmi elles, les Kasena, les Nuni (ou Nuna), les Sisala, les Lyélé et les Nounouma.
« Nous avons des ressemblances culturelles avec les autres groupes gourounsi, que ce soit dans la gastronomie, les pratiques sociales ou certaines traditions », indique Ivo Kobena.
Ivo Kobena, membre de la communauté Winnien, présente l’histoire et les spécificités culturelles de son peuple au Village des communautés de la SNC 2026.
Mais des différences subsistent. « Chaque communauté a ses spécificités. Chez nous, il existe plusieurs types de danses comme le Godé, le Ndalo ou le Ndemlé. »
Autre particularité : l’usage de masques dans certaines cérémonies, notamment lors des funérailles, contrairement à d’autres groupes voisins.
Une communauté minoritaire et localisée
Les Winnien constituent une communauté peu nombreuse au Burkina Faso. Leur implantation actuelle dans la province des Balé remonterait au XVIIe siècle.
« Nos ancêtres vivaient à la frontière du Ghana. À cause des conflits, ils ont migré et traversé le fleuve Mouhoun pour s’installer sur sa rive droite », relate Ivo Kobena.
Aujourd’hui, la communauté est concentrée dans une vingtaine de villages, avec un brassage progressif avec d’autres groupes.
Organisation sociale et interdits
La société winnien reste structurée en plusieurs couches sociales, notamment les propriétaires terriens, les griots et les forgerons.
Des interdits encadrent encore les relations sociales, en particulier le mariage.
« Il est interdit qu’un membre du groupe des propriétaires terriens épouse une personne issue des griots ou des forgerons », explique Ivo Kobena.
En revanche, les unions sont possibles entre certaines couches, notamment entre griots et forgerons. Avec l’évolution des sociétés, ces règles tendent à s’assouplir, surtout en dehors des villages d’origine.
Les scarifications, autrefois marque d’identité, disparaissent progressivement. Elles restent visibles chez certains anciens et permettent encore d’identifier les membres de la communauté.
Mariage et pratiques traditionnelles
Le mariage conserve une forte valeur sociale chez les Winnien. Il obéit à des étapes précises et implique la famille.
« Celui qui veut se marier doit se rendre dans la famille de la fille, échanger avec les parents et présenter ses intentions », précise Ivo Kobena.
La dot reste symbolique et ancrée dans les réalités locales. Elle comprend généralement du mil, du dolo (chapalot), des noix de cola, des cauris, du sel et parfois un poulet.
Malgré l’ouverture aux mariages interethniques, ces pratiques continuent de structurer les relations sociales au sein de la communauté.
Une culture matérielle riche
Sur le stand, les objets exposés traduisent le quotidien des Winnien. Ustensiles de cuisine, instruments de musique, paniers de récolte, masques ou outils agricoles y sont présentés.
« Chaque objet a une utilité. Certains servent à la cuisine, d’autres aux cérémonies ou aux travaux champêtres », explique Ivo Kobena.
Objets traditionnels exposés au Village des communautés, témoins du savoir-faire et de l’identité culturelle des Winnien
Les instruments comme le kokiri, utilisés lors des luttes traditionnelles, illustrent le lien entre culture et pratiques sociales.
Gastronomie et mode de vie
Le tô constitue l’aliment de base de la communauté, préparé à partir de mil ou de sorgho.
« C’est notre principal repas, accompagné de différentes sauces, gluantes et sauces feuilles », indique-t-il.
Le dolo occupe également une place importante dans les cérémonies et les moments de convivialité.
Une figure historique : premier maire de Bobo-Dioulasso
Parmi les figures marquantes de la communauté figure Vinama Djibril Tiémounou, considéré comme l’un des pionniers.
Ancien député et l’un des pères fondateurs du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) en 1946, avant les indépendances, il fut surtout le premier maire de Bobo-Dioulasso. Son nom a été donné au lycée municipal de la ville.
Sur le stand, son portrait est exposé aux côtés d’autres personnalités issues de la communauté, en hommage à leur contribution à la valorisation de l’identité winnien.
Le portrait de Vinama Djibril Tiémounou, figure politique majeure et premier maire de Bobo-Dioulasso, accueille les visiteurs au stand de la communauté Winnien
Faire connaître une identité
À travers leur présence à la SNC, les Winnien cherchent à rendre visible leur culture.
Objets, récits et témoignages servent de supports de transmission.
« C’est une occasion de montrer que nous existons, que nous avons une histoire et une culture », confie Ivo Kobena.
Dans un contexte de diversité culturelle, leur participation rappelle que certaines communautés restent peu connues, mais constituent une part essentielle du patrimoine burkinabè.
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