Depuis 2013, le Festival CinéVillage de Kouila s’impose comme un rendez-vous culturel en milieu rural. À l’approche de la 12ᵉ édition prévue du 07 au 10 mai, son promoteur et directeur artistique, Bertrand Ilboudo, revient sur la genèse, l’évolution, les ambitions de cet événement et les innovations majeures de cette édition.

Pouvez-vous nous raconter la naissance du Festival CinéVillage de Kouila ?
Le festival est né en 2013, à partir d’un constat simple : il existait très peu d’événements culturels dans les zones rurales. À cette époque, les festivals étaient concentrés dans les grandes villes, alors que les populations rurales en étaient presque exclues.
Nous avons donc voulu créer un événement qui valorise la culture en milieu rural, en utilisant le cinéma comme point de convergence. Le cinéma rassemble, éduque et sensibilise. Pourtant, en dehors de certaines projections organisées par des ONG, les populations n’y avaient pas accès.
Un autre constat s’est imposé : de nombreux films réalisés par nos cinéastes abordent des réalités proches de celles des populations, sans que ces dernières ne puissent les voir. C’est de là qu’est née l’idée du CinéVillage de Kouila.
Après cette genèse, intéressons-nous au choix du lieu qui porte aujourd’hui l’identité du festival. Pourquoi avoir choisi Kouila comme lieu d’ancrage ?
Kouila, c’est mon village natal. À l’époque, il était peu connu. J’ai voulu partir de là, en y installant un cinéma en plein air.
Il existait certes des projections itinérantes, mais pas de festival structuré. CinéVillage a ainsi été le premier festival installé de façon durable dans un village.
Une fois le cadre posé, il est important de comprendre les intentions de départ. Quels étaient les objectifs au départ ?
L’objectif principal était de faciliter l’accès à la culture pour les populations rurales. Très vite, le festival est devenu un point de convergence.
Chaque année, des habitants des villages environnants, de la commune de Ziniaré et même au-delà, se déplacent pour voir des films et partager des moments festifs. Depuis 2013, nous constatons une affluence croissante.
Au-delà des intentions, les débuts marquent souvent les esprits. Quels souvenirs gardez-vous des premières éditions ?
Le premier souvenir marquant remonte à 2013. Lorsqu’on parlait de festival, certains demandaient ce que c’était. Nous avons expliqué qu’il s’agissait de projections de films sur un week-end, accompagnées d’un petit marché.
La première édition s’est tenue du 13 au 15 février 2013, dans la cour de l’école du village, avec des moyens très modestes : un vidéoprojecteur, un écran en bâche et un groupe électrogène.
Un autre moment fort, c’est lorsque les femmes du village ont proposé un uniforme pour la deuxième édition. Tout le village s’est mobilisé. À la troisième édition, les hommes ont instauré une cotisation pour soutenir l’organisation.
Ces engagements communautaires restent des souvenirs forts et une source de motivation.
Avec le recul, l’évolution du festival permet de mesurer le chemin parcouru. Comment le festival a-t-il évolué en plus de 10 ans ?
L’évolution est nette, tant sur le plan organisationnel qu’artistique. Nous sommes passés de projections devant des salles de classe à un site aménagé avec podium et stands.
Aujourd’hui, nous disposons d’équipements plus performants grâce à des partenaires comme le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) et le Goethe-Institut. La programmation artistique s’est enrichie et la communication s’est améliorée.
Cette évolution s’observe aussi à travers ses retombées sur le terrain. Quel impact le festival a-t-il sur la population locale ?
L’impact est réel. Le festival génère une activité économique locale : les commerçants viennent, louent des stands et réalisent des ventes.
Il apporte aussi de la visibilité au village. Aujourd’hui, quand on parle de Kouila, on pense immédiatement au CinéVillage.
Sur le plan culturel, le festival joue également un rôle plus large. En quoi contribue-t-il à la démocratisation du cinéma ?
Le festival permet aux populations d’accéder à des films qu’elles ne verraient pas autrement, notamment ceux projetés au FESPACO.
Nous invitons également des acteurs et des réalisateurs. Le public peut ainsi rencontrer des figures qu’il ne connaissait que via les écrans. Cela favorise les échanges et suscite des vocations chez les jeunes.
Comme toute initiative, le parcours n’a pas été sans obstacles. Quels ont été les principaux défis ?
Le principal défi reste le financement. Au départ, nous fonctionnions grâce aux cotisations et aux contributions locales.
Aujourd’hui, nous bénéficions de l’accompagnement de partenaires comme le ministère de la Culture et certaines structures du secteur cinématographique. Mais les besoins restent importants.
Malgré ces difficultés, le projet a su tenir dans la durée.
Qu’est-ce qui vous motive à continuer ?
La motivation vient d’abord de la volonté. L’équipe de départ est toujours là.
Aujourd’hui, une dimension intergénérationnelle s’est installée : les enfants des premiers membres ont rejoint l’organisation. Cela donne encore plus de sens à notre engagement.
Dans cette dynamique, la place des jeunes mérite une attention particulière. Quelle place occupe la jeunesse dans le festival ?
La jeunesse est au cœur du projet. Depuis quelques années, nous avons intégré davantage de jeunes dans l’organisation.
Nous avons aussi mis en place des espaces dédiés aux enfants pour susciter des vocations. Certains s’intéressent désormais au cinéma et commencent à écrire des scénarios.
« Nous franchissons un nouveau cap avec cette 12ᵉ édition »
À l’approche de cette nouvelle édition, regardons les évolutions récentes. Cette édition introduit-elle des innovations majeures ?
Oui, cette 12ᵉ édition marque une étape importante dans l’évolution du festival. Elle traduit la maturité atteinte par notre organisation.
Grâce à l’accompagnement de partenaires comme le ministère de la Culture, l’Agence burkinabè du cinéma et de l’audiovisuel (ABCA) et Faso Films Fonds, nous avons renforcé la programmation.
L’une des principales innovations est la création d’un espace entièrement dédié aux enfants. Le festival se déroulera désormais sur deux sites distincts : un site grand public et un site enfants, chacun équipé d’écrans de projection.
Autre nouveauté : le lancement officiel du festival, le 6 mai, avec un carnaval des écoles. Après des ateliers de confection de costumes, de perlage et de maquillage, les enfants défileront dans les rues de Ziniaré avec une fanfare et des messages de sensibilisation.
Deux panels sont également prévus : l’un sur les questions environnementales avec le Mouvement écologique du Burkina, l’autre sur l’impact des festivals en milieu rural.
Enfin, un plateau télé mobile sera mis en place en partenariat avec Fadima Web TV pour valoriser les acteurs locaux.
Ces innovations s’inscrivent aussi dans une orientation thématique. Pourquoi avoir choisi le thème “Cinéma et environnement” pour cette 12ᵉ édition ?
Ce thème s’inscrit dans la continuité de l’édition précédente consacrée à la jeunesse et à l’agriculture.
Parler d’agriculture, c’est aussi parler d’environnement. Nous voulons renforcer cet axe et développer des activités de sensibilisation.
Au-delà du thème, le contenu de l’événement reste central. Quelles sont les grandes articulations du programme ?
Le festival s’articule autour de plusieurs axes : projections cinématographiques, activités artistiques, ateliers de formation et de sensibilisation, panels, activités dédiées aux enfants et actions citoyennes comme la collecte de sang.
L’objectif est de proposer une expérience culturelle complète.
Un tel rendez-vous mobilise également plusieurs acteurs. Quelles personnalités marqueront cette édition ?
Nous bénéficions du soutien de partenaires comme le ministère de la Culture, l’ABCA, Faso Films Fonds et le Goethe-Institut. La commune de Ziniaré est également engagée à nos côtés.
Du côté des invités, nous attendons notamment Abdoulaye Komboudri et Philomène Nanema.
Plusieurs personnalités accompagneront aussi cette édition, dont le ministre de la Culture et le haut-commissaire de la province.
Parmi les parrains figurent M. Abdoulaye Ouédraogo, PCA du SPONG, M. Nelson Congo, ainsi que M. Tougouma, M. Alphonse et M. Télesphore Bationo.
En se projetant dans l’avenir, quelle est votre vision pour les prochaines éditions ?
Notre ambition est de consolider le festival comme un rendez-vous majeur du cinéma en milieu rural. Nous voulons renforcer l’organisation, améliorer la qualité artistique et accompagner davantage les jeunes.
La question de l’extension du festival se pose naturellement. Envisagez-vous une extension du festival ailleurs ?
À ce stade, nous préférons rester concentrés sur Kouila.
Cependant, nous sommes ouverts au partage d’expérience avec d’autres initiatives.
Quel message adressez-vous aux acteurs culturels ?
Nous lançons un appel à un accompagnement renforcé. Ces initiatives contribuent à la cohésion sociale, au vivre-ensemble et à l’engagement citoyen.
À quelques jours de l’événement, le public reste au cœur des attentes. Quel message pour le public ?
Le message est simple : venez découvrir.
Ziniaré signifie « du jamais vu ». Cette édition est entièrement renouvelée.
Nous invitons le public à venir nombreux. Tout est prêt.
Du regret aux absents.
Enfin, pour résumer l’essence même du festival, Si vous deviez résumer CinéVillage aujourd’hui en une phrase ?
C’est la culture, la cohésion sociale et le développement au cœur de Kouila.
Propos recueillis par Eugène KAM, avec la collaboration de Gladys SANKARA (stagiaire).











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