Tout au long de sa préparation au baccalauréat, Fadima Web TV a suivi Boris Bamogo, candidat en série D au lycée Saint Dominique de Zagtouli. Révisions, sacrifices : récit d’un parcours qui illustre les réalités de nombreux candidats.

Les premiers mois : le bac encore loin des préoccupations
Octobre 2025. Comme dans de nombreux établissements, la rentrée scolaire vient à peine de commencer. Les vacances restent encore présentes dans les esprits. Pour Boris Bamogo, élève en terminale D au lycée Saint Dominique de Zagtouli, le baccalauréat semble encore loin.
À 18 ans, il découvre progressivement les exigences de cette dernière année du secondaire, sans mesurer pleinement les sacrifices qu’elle imposera quelques mois plus tard.
« Comme on venait d’arriver, l’esprit d’amusement nous habitait toujours », raconte-t-il.
Cette insouciance se reflète rapidement dans ses résultats scolaires. Au premier trimestre, Boris affiche une moyenne de 6/20, bien loin des attentes d’un candidat au baccalauréat.
Mais les difficultés ne s’expliquent pas uniquement par le manque de concentration. En dehors des cours, Boris travaille régulièrement comme aide-maçon afin de disposer de quelques revenus pour ses besoins et épauler la famille. Une activité qui réduit considérablement le temps consacré aux révisions.
Le temps des sacrifices
Dès les premières semaines du nouvel an, le rythme est donné. Cahiers, manuels et exercices deviennent son quotidien. Après les cours, les révisions remplacent progressivement les moments de détente. La nuit tombe, mais pour lui, la journée n’est pas encore terminée.

« Nous avons commencé à organiser des groupes d’études. J’ai intégré un premier groupe, mais avec la distance et les retours tardifs à domicile, j’ai dû arrêter. J’ai alors rejoint un autre groupe composé de camarades de ma classe où nous travaillions directement dans une salle de l’établissement. »
Peu à peu, les efforts produisent leurs premiers effets.
Sa moyenne passe de 6 à 8 sur 20, avant d’atteindre 9 sur 20 à l’issue de l’examen blanc du deuxième trimestre.
Une progression encourageante, même si le chemin reste encore long.
Le moment de la pression constante
Le mois de mai ouvre la dernière ligne droite.
Le temps semble désormais s’accélérer. Chaque journée de cours rapproche un peu plus les candidats des premières épreuves.
Boris augmente encore son volume de travail.
Les séances de révision se multiplient, seul comme avec ses camarades. Les lacunes deviennent des priorités à combler.
En série D, les matières scientifiques occupent une place déterminante. Pourtant, c’est précisément dans ce domaine que Boris rencontre le plus de difficultés.
« Ma bête noire, ce sont les sciences physiques. Ma meilleure note dans cette matière a été de 6 sur 20. La plupart du temps, je tournais autour de 2 sur 20. »
Conscient de ses limites, il ne renonce pas. Il sollicite régulièrement ses camarades afin de mieux comprendre les notions les plus complexes.

« Les nuits de révision pouvaient se prolonger jusqu’à deux heures du matin, parfois même jusqu’à l’aube. Après les cours du soir, chacun rentrait se doucher et manger avant de revenir poursuivre les séances de travail en groupe. »
Pendant plusieurs semaines, ce rythme devient son quotidien.
Le 28 mai, Boris franchit une première étape dans son parcours vers le baccalauréat. Comme tous les candidats, il se présente aux épreuves d’éducation physique et sportive (EPS), organisées au Lycée privé international et de formation de Ouagadougou, le même établissement qui accueillera, quelques semaines plus tard, les épreuves écrites.
Si ces épreuves ne représentent qu’une partie de l’examen, elles marquent surtout l’entrée du candidat dans le baccalauréat. Elles annoncent les couleurs, donnent le ton et rappellent que le compte à rebours est désormais lancé avant les compositions écrites.
Le temps des épreuves
Le 23 juin 2026, l’heure de vérité sonne enfin.
Comme des centaines d’autres Candidats, Boris rejoint le Lycée privé international et de formation de Ouagadougou, centre retenu pour accueillir le jury 215 auquel il appartient.
Le stress est perceptible dès son arrivée. Chaque pas qui le conduit vers sa salle de composition le rapproche d’un examen préparé depuis plusieurs mois.

« Avant la première épreuve, le français, j’étais très stressé. Puis, le soir, l’épreuve de sciences physiques est venue semer le doute. Je ne l’avais pas du tout bien réussie. Mais au fil des autres compositions, j’ai repris confiance. Après chaque épreuve, je me sentais un peu plus rassuré jusqu’à la fin de l’examen. »
Les épreuves prennent fin. Les copies sont remises et une nouvelle attente commence.
Avant la proclamation des résultats du premier tour, Boris estime ses chances de réussite à « cinquante-cinquante », partagé entre confiance et inquiétude.
Le 2 juillet, les candidats du jury 215 sont appelés à se rassembler devant leur président pour la proclamation des résultats.
Les noms des admis au premier tour sont égrenés un à un.
Boris écoute attentivement.
Son nom ne figure pas sur cette première liste.
L’espoir demeure cependant avec la lecture de la liste des candidats admissibles au second tour.
Cette fois, son nom est appelé.
Le baccalauréat reste à sa portée, mais il lui faudra franchir une dernière étape.
À la sortie de la proclamation, Boris décide de souffler quelques heures avant de reprendre les révisions.
« Nous sommes vendredi. Ce soir, je ne vais pas ouvrir un cahier. J’ai besoin de reprendre mes esprits. Dès demain matin, je reprendrai les révisions pour préparer sereinement les épreuves du second tour prévues le lundi 6 juillet. »
Le second tour, l’ultime espoir
Trois jours plus tard, Boris reprend le chemin du centre d’examen.
Le second tour se joue sur trois disciplines : les mathématiques, les sciences de la vie et de la Terre (SVT) ainsi que l’histoire-géographie.
Pendant deux jours, les 6 et 7 juillet, il tente de convaincre le jury et de combler les insuffisances relevées au premier tour.
À l’issue des épreuves, il ne lui reste plus qu’à attendre.
Comme les 59 autres candidats admissibles du jury 215, Boris sait que tout se jouera désormais au moment de la proclamation.
L’heure du verdict
Quelques jours plus tard, les candidats sont de nouveau réunis devant leur jury.

L’attente est pesante. Les regards restent fixés sur le président du jury. Boris tente de maîtriser son stress.
« Mon cœur battait très fort, et ce depuis la veille. Le matin même, je suis allé courir pour évacuer un peu la pression », confie-t-il.
La proclamation débute. Les noms des admis sont appelés un à un. À chaque lecture, l’attente devient plus difficile. Boris espère entendre le sien.
Mais, Boris Bamogo ne sera jamais prononcé. Cette fois, le rêve s’arrête là.
Pendant quelques instants, Boris reste immobile.
Les mois de travail, les longues nuits de révision et les sacrifices consentis défilent dans son esprit.
Il tente de contenir son émotion. Ses yeux s’embuent. D’un geste discret, il essuie les larmes qui cherchent à couler.
Les mots ont du mal à sortir. La déception est immense. Pourtant, devant notre micro, Boris accepte de livrer quelques confidences.
« Je pleure au fond de moi. J’aurais aimé rendre fiers mes parents. »
La déception est immense. Mais elle ne suffit pas à éteindre son ambition.
Une promesse pour demain
Malgré cet échec, il refuse de renoncer définitivement. Pour l’heure, il met ses études entre parenthèses, mais compte revenir l’année prochaine en candidat libre pour tenter à nouveau de décrocher le baccalauréat, session 2027.
Nos chemins se séparent sur cette promesse. Celle d’un jeune Burkinabè qui quitte le lycée sans le diplôme qu’il espérait obtenir, mais avec la conviction qu’un échec ne condamne pas un avenir.
Comme Boris, des milliers de candidats vivent chaque année les mêmes doutes, les mêmes sacrifices, les mêmes espoirs et parfois les mêmes déceptions.
Pour certains, le baccalauréat ouvre immédiatement les portes de l’enseignement supérieur.
Pour d’autres, il devient un rendez-vous reporté.
Mais dans tous les cas, il rappelle qu’au-delà d’un examen, la réussite se construit aussi dans la capacité à se relever et à poursuivre son chemin.
Wendinmi OUEDRAOGO











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