Une photo de famille avec les récipiendaires qui se sont hissés au classement

Piratage informatique : quand les hackers burkinabè apprennent à attaquer pour mieux protéger

La cinquième édition de HackToProtect a livré son verdict le 6 novembre 2026 à Ouagadougou. Initiée par l’Association pour la protection du cyberespace national (APCEN), cette compétition de hacking éthique vise à détecter les talents locaux et à renforcer les compétences en cybersécurité.

Ils étaient 72 candidats au départ. À l’issue de la phase éliminatoire, dix ont décroché leur place en finale. Deux participantes supplémentaires ont ensuite été repêchées, portant à 12 le nombre de finalistes. Une mesure qui traduit également la volonté des organisateurs d’encourager la participation des femmes dans un secteur encore largement dominé par les hommes.

Pendant 24 heures, du jeudi 5 novembre à 8 heures au vendredi 6 novembre à la même heure, les finalistes se sont affrontés lors d’épreuves techniques de type « Capture The Flag » (CTF).

Ces exercices pratiques consistent notamment à identifier des failles informatiques, à résoudre des problèmes de sécurité et à relever des défis de piratage dans un environnement contrôlé. Chaque épreuve réussie permet aux candidats de cumuler des points.

Pour l’APCEN, cette compétition constitue un cadre de détection et de valorisation des compétences locales. Son président, Moctar Compaoré, entend également faire évoluer la perception du piratage informatique, souvent associé aux seules pratiques malveillantes.

« On a l’habitude d’entendre parler de piratage informatique sous son mauvais jour. Mais nous voulons montrer qu’il existe un autre aspect : celui de personnes qui apprennent à détecter les failles et les vulnérabilités des systèmes informatiques afin de mieux les protéger. C’est tout le sens de cette compétition », explique-t-il.

Le président de l’APCEN, défend une approche éthique du piratage informatique au service de la cybersécurité.

Des talents locaux au service de la cybersécurité

Au terme de cette confrontation technique, les trois meilleurs candidats ont été récompensés. Les distinctions comprennent notamment des chapeaux de Saponé et des enveloppes financières. Le grand vainqueur a également reçu un ordinateur portable et un trophée.

Une photo de famille avec les récipiendaires qui se sont hissés au classement

Arrivé quatrième lors de la précédente édition, Cédric Dabira, étudiant en Master 2 de cybersécurité, a cette fois décroché la première place. Une victoire qu’il préparait depuis sa dernière participation. « Depuis lors, j’avais la rage au ventre de revenir et de remporter la compétition. Je me suis durement entraîné et, par la grâce de Dieu, mes efforts ont payé cette année », confie-t-il.

Cédric Dabira, vainqueur de la 5e édition de HackToProtect, après 24 heures d’épreuves de hacking éthique.

Au-delà de la compétition, l’enjeu est aussi professionnel. Selon Moctar Compaoré, les précédentes éditions ont permis de révéler des profils qui ont ensuite intégré des entreprises ou poursuivi leur aventure hors du pays et du continent.

Comprendre les méthodes des pirates pour mieux les contrer

Cette compétition intervient dans un contexte marqué par la persistance des menaces numériques. Pour Inoussa Sanfo, modérateur et expert en cybersécurité, le phishing et les rançongiciels figurent parmi les principales menaces qui pèsent sur les internautes et les entreprises au Burkina Faso.

Le phishing consiste à piéger les utilisateurs au moyen de faux messages pour les inciter à cliquer sur des liens frauduleux ou à communiquer des informations sensibles. Les rançongiciels, quant à eux, sont des logiciels malveillants qui bloquent l’accès aux données d’une entreprise et permettent aux cybercriminels d’exiger une rançon pour leur restitution.

Ces pratiques occasionnent des pertes financières importantes. Selon les chiffres de la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC) évoqués par Inoussa Sanfo, les préjudices enregistrés entre 2020 et 2026 avoisineraient les 20 milliards de francs CFA.

Inoussa Sanfo salue la vision de HackToProtect pour faire émerger des talents en cybersécurité

Face à ces menaces, l’expert estime que l’approche de HackToProtect est pertinente. Elle permet aux participants de comprendre les méthodes des cybercriminels afin de mieux anticiper leurs attaques et de renforcer la protection des systèmes informatiques.

« Pour combattre le cyberdélinquant, il faut connaître son mode de pensée, comment il procède et comment il s’y prend », explique-t-il. Il invite ainsi les jeunes à se former continuellement et à mettre leurs compétences au service de la sécurité numérique.

Wendnimi OUEDRAOGO