Faso Bu Kaoré : la justice endogène entre dans sa phase d’opérationnalisation

 Après l’adoption de la loi Faso Bu Kaoré au Moogho en janvier 2026 et une tournée d’information auprès des autorités coutumières et traditionnelles, le ministère de la Justice a engagé une nouvelle étape : celle de l’opérationnalisation des tribunaux coutumiers et traditionnels.

Pendant trois jours, autorités administratives, acteurs de la justice moderne et garants des coutumes et traditions ont échangé sur les modalités pratiques de mise en œuvre de cette réforme destinée à donner un cadre légal aux mécanismes endogènes de règlement des différends.

Selon le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, cette phase vise concrètement à permettre aux tribunaux coutumiers et traditionnels de tenir leurs premières audiences dans un cadre reconnu par l’État.

« Nos notabilités coutumières et traditionnelles accomplissent déjà ces missions dans nos communautés et nos localités. Mais la loi a voulu encadrer cela pour donner plus de forme et plus de force, parce que les décisions qui seront prises à ce niveau seront reconnues comme des décisions rendues par nos juridictions classiques », a-t-il expliqué.

Pour le ministre, cette réforme repose avant tout sur le dialogue entre les différents acteurs concernés. Les échanges ont ainsi permis de confronter les réalités du terrain aux dispositions prévues par la loi afin d’anticiper les difficultés liées à son application.

Magistrats, procureurs, présidents de juridictions, chefs de greffe et autorités traditionnelles ont travaillé ensemble pour définir le rôle de chaque acteur dans le fonctionnement futur des tribunaux coutumiers et traditionnels.

Au terme des travaux, Me Bayala s’est dit satisfait de la qualité des discussions et de l’implication des participants.

« Les échanges étaient fructueux et cordiaux. Les acteurs eux-mêmes ont pris la parole pour expliquer comment les choses se passent déjà sur le terrain et comment elles pourraient fonctionner demain », a-t-il souligné.

Le ministre reconnaît toutefois que plusieurs questions restent encore à approfondir. Selon lui, les trois jours de travaux n’ont pas suffi pour épuiser tous les sujets liés à cette réforme.

Le gouvernement entend donc avancer progressivement avec une phase pilote qui devrait s’étendre jusqu’aux mois de septembre ou octobre 2026. Cette période permettra d’expérimenter le dispositif sur le terrain avant une éventuelle généralisation à l’ensemble du territoire national.

« Nous allons aller pas à pas, mais sûrement. Il ne s’agit pas d’aller de manière précipitée, mais d’aller dans le succès », a affirmé le ministre.

Me Edasso Rodrigue Bayala, ministre de la Justice 

Comparant cette réforme à une œuvre de sculpture, Me Bayala estime que le dispositif devra être observé, ajusté et amélioré au fil de sa mise en œuvre.

« Nous avons sculpté quelque chose que nous trouvons beau, mais il faut maintenant le déposer sur le terrain, observer ce qui fonctionne et revenir arranger certains aspects si nécessaire », a-t-il illustré.

Du côté des autorités coutumières, l’adhésion semble déjà acquise. Représentant des notables traditionnels, Ouidi Naba estime que cette loi vient formaliser des pratiques déjà existantes dans les communautés.

« Nous avons beaucoup échangé entre nous pour montrer ce que nous faisions depuis et nous avons constaté qu’il n’y a pas beaucoup d’écart avec la loi. Désormais, elle nous donne un cadre formel dans lequel nous pouvons travailler », a-t-il déclaré.

Ouidi Naba, Représentant des notables traditionnels

Cette réforme vise à renforcer la médiation sociale, la réparation communautaire et la pacification des conflits en s’appuyant sur les valeurs et mécanismes traditionnels du pays.

Cecile SAWADOGO 

Safiatou DANGO (stagiaire)